Devenir son propre professeur avec ChatGPT : ce que j'ai compris sur l'autoformation par l'IA

ChatGPT peut remplacer partiellement un professeur si on sait le configurer correctement. Voici comment structurer un programme de 30 jours et ce que ça exige v

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Tarek Nachnouchi
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Je vais être direct : non, ChatGPT ne va pas remplacer les enseignants. Mais cette question est mal posée. La vraie question, c'est celle-ci : pour les millions d'apprenants qui n'ont pas accès à un enseignement de qualité, faute de moyens ou de géographie, ChatGPT peut-il changer la donne ? Ma réponse est oui, en partie. Et cette partie est déjà considérable si on sait comment s'en servir.

Je vais vous montrer comment construire un vrai programme d'apprentissage avec ChatGPT, quelles sont les conditions personnelles pour que ça fonctionne, où sont les limites réelles de l'outil, et où se dirige cette technologie. Pas de promesses excessives, pas de bluff. Ce que je vois, ce que je teste, ce que je comprends.

ChatGPT n'est pas un agent intelligent : c'est une suite d'échanges à structurer

Avant d'aller plus loin, il faut clarifier quelque chose d'essentiel sur la nature de ChatGPT. Beaucoup de gens l'utilisent comme un moteur de recherche amélioré. Ils posent une question, ils obtiennent une réponse, ils s'arrêtent là. C'est passer à côté de 80 % du potentiel de l'outil.

ChatGPT n'est pas un agent intelligent capable de gérer des processus complexes de manière autonome. Ce que c'est, concrètement, c'est une suite d'échanges. Et la clé, c'est justement de structurer ces échanges pour qu'ils forment un parcours cohérent. Une fois qu'on a compris ça, on peut lui demander beaucoup plus que des réponses ponctuelles.

Il faut rester dans le même fil de conversation pour que ChatGPT conserve le contexte. Si vous ouvrez un nouveau chat, il repart de zéro. Il ne se souvient de rien de vos échanges précédents. C'est une contrainte opérationnelle à connaître avant de bâtir un programme d'apprentissage. Une fois qu'on l'a intégrée, on peut contourner cette limite facilement.

Comment je construis un programme de 30 jours avec ChatGPT

Voici un exemple concret. Imaginons que vous ayez appris l'allemand à l'école, que vous l'ayez largement oublié, et que vous souhaitiez vous remettre à niveau. Voici comment je formule la requête à ChatGPT :

"J'ai appris l'allemand à l'école et je souhaiterais que tu définisses un programme de remise à niveau sur 30 jours, avec des leçons d'une heure par jour. Si je te valide le programme, c'est toi qui joueras le rôle de professeur et tu commenceras la première leçon. Tu me présenteras le programme du premier jour et tu me donneras la première leçon comme si tu étais un professeur. Tu commenceras par m'expliquer un point au programme, tu vérifieras que j'ai compris en me posant des questions directement, et tu me feras réaliser un test. Ensuite tu me proposeras des exercices. Tu m'indiqueras quand la leçon d'une heure est terminée. Chaque jour je me reconnecterai sur ce chat et je te demanderai de commencer la leçon suivante, en respectant le même processus. À la fin tu réaliseras une évaluation de mes acquis."

C'est précisément ce niveau de structuration qui fait la différence. Je ne lui demande pas de répondre à une question. Je lui décris le cadre entier de l'interaction : comment elle commence, comment elle se déroule chaque jour, comment elle se termine. Et ChatGPT suit ce cadre de façon remarquablement rigoureuse, à condition qu'on lui ait bien expliqué.

La barrière financière dans l'éducation : un problème réel que l'IA peut commencer à résoudre

Je vais partager quelque chose de personnel. Si je devais refaire aujourd'hui le parcours académique que j'ai eu, je ne suis pas certain que j'en aurais les moyens. Les frais de scolarité dans les écoles que j'ai fréquentées ont été multipliés par des facteurs qui n'ont rien à voir avec l'inflation réelle. Ce n'est pas de l'inflation. C'est une barrière à l'entrée.

En 15 ans, les frais de scolarité des grandes écoles de commerce ont augmenté de plus de 89 %. Et ce n'est pas propre à la France. Dans le monde anglo-saxon, la situation est encore plus marquée. Cette réalité crée des inégalités d'accès massives à une formation de qualité.

Face à ça, l'IA générative représente quelque chose de concret : une alternative partielle, pas une équivalence, mais une alternative accessible à qui dispose d'une connexion internet. Et ça change les perspectives pour des profils qui, jusqu'ici, n'avaient tout simplement pas d'autre option.

La contrainte géographique levée : apprendre à Berkeley depuis le Mali

La suppression de la contrainte géographique est peut-être l'argument le plus puissant en faveur de l'apprentissage par l'IA. Prenons deux exemples concrets.

Premier exemple : je suis dans le nord du Mali, dans une zone rurale. Je veux apprendre les arts à un niveau mondial, comme je pourrais l'apprendre à l'École des Gobelins à Paris. Physiquement, c'est impossible. La logistique, le visa, le coût, la distance font obstacle. Avec ChatGPT, la partie théorique de cette formation devient accessible.

Deuxième exemple : je suis dans une banlieue de Delhi. Je veux bénéficier d'un enseignement de la qualité de ce que l'on dispense à Berkeley. Traverser la moitié du monde pour y accéder n'est pas une option réaliste pour la grande majorité des apprenants indiens. Là encore, l'IA peut ouvrir une fenêtre.

Cela va de pair avec la suppression de la contrainte temporelle. Pas d'horaires fixes. Pas de présence obligatoire à un moment précis. Le programme peut être suivi en fonction des disponibilités. Quelqu'un qui travaille et veut apprendre en parallèle peut avancer à son rythme, reprendre un fil de discussion trois jours après et demander à ChatGPT de continuer là où on en était resté.

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Les trois qualités sans lesquelles l'autoformation par l'IA échoue

Je vais être honnête sur un point que beaucoup de promoteurs de l'IA éducative évitent d'énoncer clairement : l'autoformation par l'IA ne fonctionne pas pour tout le monde. Il y a des prérequis personnels qui ne s'inventent pas.

La première qualité indispensable, c'est la volonté. L'autoformation par l'IA n'a pas d'encadrement externe. Si la volonté n'est pas là, le programme de 30 jours s'arrête au jour 3.

La deuxième qualité, c'est le goût de l'apprentissage. Avoir naturellement envie de comprendre, de se poser des questions sur les choses, de trouver les réponses. C'est cette énergie qui permet de tenir dans la durée.

La troisième qualité, c'est l'autonomie. Être capable de gérer son propre programme, de prendre du recul sur ce qu'on apprend, de détecter quand le contenu proposé par l'IA manque de cohérence, de corriger le tir. ChatGPT peut dérailler légèrement. Si on n'a pas la capacité de le recadrer, le parcours perd en qualité.

Ces trois qualités ne sont pas des conditions que l'IA peut compenser. Elles sont des prérequis humains que l'apprenant doit apporter lui-même.

Les biais idéologiques de ChatGPT : un angle mort à ne pas ignorer

Il y a un sujet que je veux aborder sans détour parce qu'il est souvent occulté dans les discours enthousiastes sur l'IA éducative : les biais idéologiques des modèles de langage.

Les modèles comme ChatGPT véhiculent les représentations des gens qui les ont conçus, formés et orientés. En grande majorité, des profils issus de la Silicon Valley, avec une certaine vision de ce qui est acceptable ou non de dire, de croire, d'enseigner.

Ce n'est pas une raison de rejeter l'outil. C'est une raison de garder un regard critique sur les réponses qu'il fournit, en particulier sur des sujets sensibles comme l'histoire, la politique, les questions sociales. L'esprit critique ne peut pas être délégué à l'IA. C'est précisément lui qui doit superviser l'IA.

Les limites réelles : ce qu'on ne peut pas apprendre sans mettre les mains dans le concret

ChatGPT a des limites concrètes en matière de formation. La plus évidente : certaines matières sont impossibles à apprendre uniquement en ligne. Prenons l'exemple du nucléaire. Toute la partie théorique, ChatGPT peut vous aider à la couvrir. Mais la partie pratique nécessite une présence physique, des équipements, des protocoles de sécurité qui ne se simulent pas dans une fenêtre de chat.

En revanche, pour tout ce qui est fondamentalement textuel, la programmation, la rédaction, le storytelling, les langues, les mathématiques, l'histoire, la logique, les sciences en phase théorique, ChatGPT peut couvrir une très large partie du terrain.

Autre limite : ChatGPT ne fonctionne pas encore comme un agent qui maintient un suivi autonome de votre progression dans le temps. Il faut revenir dans le même fil de conversation, lui rappeler où on en est, lui demander de passer à la leçon suivante. C'est une friction opérationnelle réelle qui disparaîtra probablement avec les évolutions futures des modèles.

L'évolution multimodale : le cap que ChatGPT est en train de franchir

Si vous voyez encore ChatGPT uniquement comme un chatbot textuel, vous avez quelques années de retard sur ce que la technologie est en train de devenir.

Déjà aujourd'hui, on peut lui envoyer des images à analyser. Un exercice de mathématiques noté à la main sur un bout de papier, photographié avec le téléphone et envoyé à ChatGPT : l'outil peut analyser l'énoncé et aider à résoudre l'exercice. Il peut décrire le contenu d'une photo, faire de l'analyse artistique sur une œuvre donnée, créer des images photoréalistes à partir d'une description textuelle.

Demain, les réponses incluront de la vidéo générée, et la capacité à produire des contenus visuels pédagogiques deviendra standard. Cette évolution multimodale change radicalement la nature de ce que ChatGPT peut offrir comme tuteur. Un cours de dessin peut être accompagné d'analyses d'œuvres. Un cours de sciences peut être illustré de schémas générés à la demande. Un cours de langue peut intégrer des échanges vocaux. Nous n'en sommes qu'au début.

Ce que ça change vraiment pour l'avenir de l'éducation

Il y a une vingtaine d'années qu'on imagine que l'IA pourrait révolutionner l'enseignement. Pendant longtemps, c'était théorique, abstrait, une projection dans un monde hypothétique. Avec les LLM et la percée de ChatGPT, ce n'est plus une projection. C'est en train de se mettre en place, maintenant, concrètement.

Ce que je sais, en revanche, c'est que les organisations, les équipes et les individus qui commencent à intégrer ces outils aujourd'hui, de manière structurée et critique, prendront une avance qui sera difficile à rattraper. L'usage est déjà là. Ce qui manque, c'est la méthode, le cadre, et la formation pour en tirer un vrai bénéfice.

Questions fréquentes

Non, et il ne faut pas prétendre le contraire. Un professeur humain peut embarquer, donner envie, ajuster sa posture en temps réel selon la réaction d'un élève. ChatGPT ne fait pas ça, du moins pas encore. Ce qu'il peut faire, c'est se substituer en partie au rôle d'un professeur dans des contextes précis : accès limité à une éducation de qualité, contraintes financières ou géographiques, ou apprentissage autonome sur des sujets théoriques bien définis. Ce n'est pas la même chose que remplacer, et la nuance est importante.

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Accompagnement TPE et PME pour l'intégration de l'IA dans leur quotidien

Tarek aide les organisations à transformer leur stratégie produit en croissance réelle en reconnectant les décisions entre produit, tech et business. Fort de 27 ans d'expérience et d'une exit réussie, il intervient en conseil ou Fractional CPO pour clarifier les priorités, structurer l'exécution et débloquer les équipes face aux enjeux critiques.

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