C'est une affirmation qui devrait déranger. Idriss Aberkane, chercheur et entrepreneur, le dit sans détour : installer DeepSeek sur son ordinateur personnel offre un apprentissage plus adapté, plus efficace, et plus honnête que ce que propose le lycée Louis-le-Grand, symbole de l'élite scolaire française.
Ce n'est pas une provocation gratuite. C'est le résultat d'une réflexion sur ce que l'école fait réellement, et ce qu'elle ne peut structurellement pas faire.
Ce que l'école optimise, et ce qu'elle ignore
Le système éducatif français n'est pas conçu pour optimiser l'apprentissage individuel. Il est conçu pour produire une hiérarchie. Les grandes écoles, les classes préparatoires, les mentions au bac : tout cela sert principalement à trier, à signaler, à classer. La pédagogie vient après, quand elle vient.
Un modèle d'IA, lui, s'adapte. Il répond à votre question, pas à celle du programme. Il reformule si vous ne comprenez pas. Il va plus loin si vous posez la bonne question suivante. Il n'a pas trente élèves à gérer en même temps.
Aberkane résume cette tension avec une formule simple : culture de caste contre pragmatisme. La France valorise le diplôme comme signal social. L'apprentissage réel, lui, se passe souvent ailleurs.
Ses doctorats ne l'ont pas formé. Ses entreprises, oui.
Aberkane est lui-même diplômé de plusieurs doctorats. Sa conclusion après coup : ils lui ont peu servi. C'est l'entrepreneuriat, avec ses contraintes réelles, ses erreurs coûteuses, et ses feedbacks immédiats, qui l'a véritablement formé.
Cela ne veut pas dire que les diplômes sont inutiles dans tous les contextes. Cela veut dire que si l'objectif est de savoir faire, de résoudre, de construire, alors le diplôme est souvent le chemin le plus long et le moins direct.
Pourquoi hors de France
Sa recommandation aux jeunes qui démarrent est directe : créez des entreprises. Mais pas nécessairement en France. Le cadre réglementaire, la culture du risque, et la perception sociale de l'échec entrepreneurial rendent le terrain français peu propice, surtout pour les premières expériences.
Ce n'est pas un rejet de la France. C'est un conseil pratique fondé sur l'observation que d'autres environnements tolèrent mieux l'itération rapide et l'erreur productive.
Ce que cela change concrètement
Si un lycéen curieux peut interroger un modèle d'IA pendant deux heures sur un sujet qui l'obsède, en suivant ses propres questions, il apprendra probablement plus que dans un cours magistral de cinquante minutes sur un programme fixé trois ans à l'avance.
Cela ne remplace pas tout. La socialisation, la discipline collective, certaines formes de transmission ont encore leur place. Mais l'idée que les grandes institutions éducatives ont le monopole de la formation sérieuse est de moins en moins défendable.
L'IA personnalisée ne compense pas un mauvais état d'esprit. Mais entre les mains de quelqu'un qui veut vraiment apprendre, elle surpasse structurellement ce qu'une classe de trente élèves peut offrir.
