Non, votre psy ne vous analyse pas en dehors du cabinet. Mais voici ce qu'il ne peut pas éteindre.

Comprendre n'est pas analyser. Mais cette lucidité professionnelle ne s'arrête pas à la porte du cabinet. Et c'est là que tout se complique.

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Tarek Nachnouchi
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Il y a une question qu'on me pose souvent, parfois avec un sourire nerveux, parfois avec une vraie méfiance dans le regard : « Tu m'analyses là, c'est ça ? » Et chaque fois, la réponse honnête est non. Je ne vous analyse pas. Je vous comprends. Ce n'est pas la même chose. Mais je comprends pourquoi cette confusion existe, et je comprends encore mieux pourquoi elle crée parfois une distance réelle entre moi et les personnes autour de moi.

Analyser et comprendre : une distinction qui change tout

Analyser, dans le sens où la plupart des gens l'entendent, c'est disséquer, décoder, chercher la faille ou le motif caché. C'est une posture froide, distante, presque clinique dans le mauvais sens du terme. Ce n'est pas ce que je fais, ni dans mon travail, ni a fortiori dans une conversation ordinaire.

Comprendre, c'est autre chose. C'est recevoir ce que quelqu'un dit, capter la tonalité émotionnelle derrière les mots, percevoir la cohérence interne d'une réaction même quand elle semble irrationnelle en surface. Ce n'est pas un jugement. C'est une forme d'attention.

La confusion entre les deux vient probablement du fait que, de l'extérieur, les deux se ressemblent. On observe, on écoute attentivement, on ne réagit pas comme les autres. Ce qui peut facilement passer pour du calcul ou de la surveillance alors que c'est simplement de la présence.

Le problème : on ne peut pas désapprendre ça

Voilà ce qui est réellement paradoxal dans ce métier. La compétence centrale, celle qui permet d'aider, ne s'arrête pas quand je quitte le cabinet. Elle ne s'éteint pas le soir ou le week-end. Elle est là, en permanence, comme un filtre que j'ai développé au fil des années de formation et de pratique.

Voir plus clair, c'est une formule que j'utilise souvent. Et voir plus clair, concrètement, ça veut dire ne plus vraiment pouvoir faire semblant de ne pas voir. Quand quelqu'un me dit une chose et que son corps dit le contraire, je le perçois. Quand une dynamique de groupe prend une direction précise, je le remarque. Je peux choisir de ne pas le nommer, de ne pas en parler, de mettre de la distance. Mais je ne peux pas faire comme si je n'avais pas perçu ce que j'ai perçu.

C'est une forme d'irréversibilité que la formation ne prépare pas vraiment. On apprend les outils. On n'apprend pas vraiment à composer avec ce que ces outils font à votre rapport au monde quotidien.

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Tarek aide les organisations à transformer leur stratégie produit en croissance réelle en reconnectant les décisions entre produit, tech et business. Fort de 27 ans d'expérience et d'une exit réussie, il intervient en conseil ou Fractional CPO pour clarifier les priorités, structurer l'exécution et débloquer les équipes face aux enjeux critiques.

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Quand l'outil pour aider devient un obstacle au lien

Ce qui me frappe, c'est le retournement. Une capacité construite pour aider peut, dans certains contextes, créer exactement l'inverse de ce qu'elle est censée produire : de la méfiance, de la prudence, parfois une forme de retrait de la part des autres.

Les recherches sur les relations interpersonnelles des professionnels de la santé mentale pointent vers ce paradoxe depuis longtemps. Une étude publiée dans le Journal of Counseling Psychology a montré que les thérapeutes rapportent fréquemment une forme d'isolement social partiel lié à leur posture professionnelle, précisément parce que leur entourage les perçoit comme perpétuellement en train d'observer. La perception d'être analysé réduit la spontanéité dans la relation, même quand aucune analyse n'est en cours.

Autrement dit : ce n'est pas ce que je fais qui pose problème. C'est ce que les autres pensent que je fais.

La méfiance comme réaction normale à une asymétrie perçue

Je ne juge pas cette méfiance. Elle est logique. Il y a une asymétrie réelle dans la relation entre un professionnel de la santé mentale et les personnes de son entourage. Pas forcément une asymétrie de pouvoir au sens strict, mais une asymétrie de lecture. Si l'autre a l'impression que vous voyez des choses qu'il ne voit pas lui-même, ça crée un inconfort.

Personne n'aime l'idée d'être transparent à quelqu'un d'autre sans le vouloir. C'est une forme de vulnérabilité non consentie. Et la méfiance est souvent une façon de se protéger de cette vulnérabilité, de rééquilibrer une relation qui semble déséquilibrée.

La seule réponse que j'aie trouvée à ça n'est pas de prétendre que je ne vois rien. C'est d'être honnête sur ce que je fais et ce que je ne fais pas. Et de rappeler, inlassablement, que comprendre n'est pas juger.

Ce que ce métier m'a vraiment appris sur le lien

Au fond, ce paradoxe m'a appris quelque chose d'essentiel : la qualité d'une relation ne tient pas à ce qu'on perçoit, elle tient à ce qu'on fait de ce qu'on perçoit. Je peux voir une tension dans une dynamique de groupe et choisir de ne pas en faire un objet d'observation froide. Je peux remarquer une incohérence dans ce que quelqu'un me dit et choisir d'être simplement présent plutôt que de décoder.

La compétence clinique, quand elle est bien intégrée, devient une forme de sensibilité. Pas une surveillance. Le problème, c'est que cette distinction reste invisible pour ceux qui ne sont pas dans le métier. Et c'est un vrai sujet, parce qu'il touche à la capacité des professionnels de la santé mentale à avoir eux-mêmes des relations saines, proches, sans que leur entourage ait constamment l'impression d'être en consultation.

Enfin bon. Quel métier.

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Si vous avez des questions sur la psychologie, la relation thérapeutique ou la santé mentale, je vous invite à explorer les ressources disponibles sur nachnouchi.com ou à me contacter directement.

Questions fréquentes

Non, pas dans le sens où la plupart des gens l'entendent. Ce que je fais, c'est comprendre, pas disséquer. Analyser, ça implique une posture froide, distante, presque calculatrice. Comprendre, c'est percevoir la cohérence émotionnelle d'une situation. Ce sont deux choses très différentes. Le problème, c'est que de l'extérieur, les deux peuvent se ressembler, ce qui crée cette méfiance que je comprends tout à fait.

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